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15 décembre 2009 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

ART-SCENE …et lupins !!!   -SR-  15 dec.2009
Enfant, j’étais, (bêtement), très fière d’avoir une mère « jeune » :  En effet, à peine âgée de 2O ans maman  avait déjà mis  trois enfants au monde, et j’étais heureuse de savoir que « j’avais la mère la plus jeune de ma classe ! »

  
Artistes
Artistes

J’ai envie ce soir de vous raconter
Pourquoi on est là, pourquoi on vient jouer,
Pourquoi on est si bien sur ce plancher,
Malgré le trac et les difficultés.

La plupart du temps ça prend tout enfant
On a trois, quatre ans, on est amusant
On a un petit côté « chien savant »
Qui fait vraiment plaisir à sa maman !

On s’habitue vite à être celui
Qui distrait le monde en faisant du bruit.
Celui qui fait rire, qui ... désennuie,
Le fou, le boute-en-train, le chasse-pluie.

L’entourage, alors, s’émeut prudemment :
« A bien observer, tu es amusant.
De qui tu tiens donc, t’as ça dans le sang !
Bizarre, tu n’as rien de tes parents ! »

Viennent les conseils : « Avec du talent
Tu peux arriver, c’est bien évident.
Mais sans quelque appui et si peu d’argent,
Tu risques longtemps de faire du vent.

Comédien ? Ce n’est pas un métier !
Nous, on te dit ça, c’est par amitié
Pour subsister, apprends à travailler,
Devant Corneille, cesse de bailler.

Point d’avenir pour toi, au cinéma.
On ne réussit pas avec « la foi ».
Tu n’as ni le physique, ni la voix,
Comprends-le, tu ne réussiras pas.  »

Comme à dix-huit ans on a souvent peur,
Que nul examen ne vous fait acteur,
Qu’on dépend d’un critique, d’un auteur
On croit les anciens, on croit ces farceurs.

Comme on les veut sages, alors qu’ils sont vieux,
On s’interroge : « Ne suis-je qu’ambitieux ? »
On devient fonctionnaire, c’est affreux,
Ou secrétaire, et c’est bien malheureux.

Comme on a déjà fait un mauvais pas,
En faussant sa vie, en changeant sa voie,
Très vite, on ne croit plus en soi
Trop vite, on devient un renégat.

On se prend à haïr la société
Pour ne plus penser, on va au ciné
On fume, on boit, ... on va se coucher
Pas toujours tout seul, ... pour mieux oublier.

Oublier les acteurs et leurs passions ;
Oublier la scène et ses émotions ;
Oublier les affiches avec son nom
... Dans un petit coin ... même si c’est con.

Faire du théâtre, mais « nom d’un chien »
C’est un sacerdoce, c’est wagnérien !
Sans la scène, sans le public : on n’est « rien »,
Quand on est né pour être comédien.

Les feux de la rampe, c’est un univers,
C’est le paradis, quelquefois l’enfer.
C’est vous les humains, par qui nous souffrons
Spectateurs, auxquels nous nous devons.

Il est quelques hommes qui ont à donner
Tant et tant d’amour sans le distiller
Qu’il leur faut, pour être enfin comblés,
Non pas « un être » : ... des milliers.

Public, qui est venu nous regarder,
En contrepartie de quelques deniers,
Soupçonnes-tu combien l’on peut t’aimer
Quand, attentif, tu sais nous écouter.

Ecrire un roman ... que nul ne lira,
Sculpter, jusqu'à ne plus sentir ses doigts ;
User sa vie à faire un opéra ;
Peindre une toile, réussir un plat ;
Vivre de théâtre, ou de cinéma ...
Mais c’est fabuleux, c’est bien plus que ça :
C’est ce qu’aucun mot - jamais - ne dira.
Je l’ai tenté. Mais qui me comprendra ?

Simone Raton
Novembre 73