L'AUTRE COTE
Quand je s'rai de l'autre côté
Ne venez pas m'importuner
Avec vos mots : "condoléances,
Et machin-truc et machin-chance !"
Non ! Laissez-moi me reposer
- me refroidir - et vos baisers
Conservez-les pour les vivants ;
Je les ai aimés, mais "... avant ...".
Pour la couronne, gardez vos sous :
(Les lauriers cela vaut le coup
Lorsque l'on est chaud et debout !)
Je l'eusse aimée, mais ... sur ma tête,
Ornée d'un simple mot "Poète" :
Je pensais l'avoir méritée
Or je suis passée à côté.
Mais puisque je s'rai bientôt morte,
Au fond, est-ce que ça importe ?
Quand je s'rai de l'autre côté,
Surtout n'en soyez attristés !
J'ai vu, j'ai lu, oui j'ai aimé ;
J'ai cru et je me suis trompée ;
Mais j'ai vraiment réalisé
Tous mes souhaits - ayant osé
Etre ... tout ce que j'ai été
Sans honte, sans duplicité.
Je n'ai pas cru au p'tit jésus,
Veule, j'ai imploré Crésus
Je me suis révoltée, j'ai bu,
J'ai chanté l'amour et bien plus ;
J'ai pris la vie, mais à plein bras :
Qui parmi vous, s'en souviendra
Quand je serai là, sous un drap ?
Il n'y aura rien à regretter.
Quand je s'rai de l'autre côté,
Si vous m'aimiez ..., c'est à présent
Qu'il vous faut me faire "présents" :
Vos roses, je peux les sentir,
Et les cantiques, peux ouïr ;