Bois de Vincennes
Nous étions parties au bois de Vincennes :
C’était le printemps et il faisait beau.
Laissant derrière nous Paris et la Seine,
Toi, avec, aux pieds, tes petits sabots.
On peut être heureux au bois de Vincennes.
Ce n’est pas Venise, mais s’il fait beau,
On oublie l’ennui, on oublie les peines,
On nie ses amours, on nie ses impôts.
La vie redevient un peu moins cruelle,
Et n’existent plus les questions d’argent,
Ni les religions, qu’on dit éternelles,
Ni tout ce vacarme que font les gens.
Je t’accompagnais, au bois de Vincennes,
Je te regardais vivre tes trois ans :
Toi qui n’es qu’amour, toi qui es sans haine,
Tu me rendais bonne, rien qu’en te voyant.
Le jour qui se lève, au Bois de Vincennes,
Et l’on a déjà oublié Paris :
C’est tout près pourtant, mais ça vaut la peine
De se lever tôt, même un matin gris.
D’entendre à nouveau le chant des oiseaux,
De te voir courir avec tes sabots,
Jetant des cailloux dans ton petit seau,
Caressant les chiens dormant près de l’eau.
Un jour de soleil, bien avant midi,
Rien qu’a contempler la forme d’un chêne,
Un enfant heureux et un chien sans chaîne,
Le bois de Vincennes, c’est mon paradis.
Pour ma fille,
Simone Raton
6 juin 1973