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Les Camés

C’est pas vrai : encor’ un drogué !
Qu’est-ce que vous voulez qu’ j’en fasse ?
Y’ a plus un lit pour le coucher !
Tous ces cinglés, ils nous agacent !

Mais j’ n’ sais pas, débrouillez-vous ! ! !
Y’ a bien un lit dans le couloir !
Il a vingt ans ... Oh ! Je m’en fous !
Quand est-ce que j’vais pouvoir m’asseoir ?

Enfin cela est insensé !
En deux jours trente-cinq suicidés,
Dont six qu’on n’a pas pu sauver ...
Et un ... qui a recommencé !

Et avant-hier ce p’tit tordu,
Qui répétait « Je suis foutu,
Je suis tout seul, je suis cocu,
J’en ai trop vu, je n’en peux plus ! »

Et la fille qui pleurait si fort
En répétant « C’est moi qu’ai tort
Je sais, je suis droguée à mort,
Et je n’ sais plus quoi fair’ d’ mon corps ! »

Et celle-là, qui aimait les filles,
Et qui voulait rendre ses billes,
Qui répétait « Mais laissez-moi
J’ai l’ droit d’ crever, non mais des fois ! »

Ce petit blond aux yeux si doux,
Qui s’ défendait d’être jaloux,
Qu’un vicieux avait rendu fou,
Qui répétait « J’avoue, j’avoue ... »

Enfin, bientôt nos hôpitaux
Ne serviront qu’aux anormaux !
Les malades, les accidentés
Ils laisseront leur place aux camés ! ! !

Je trouve tout d’ même cela curieux
Tous ces jeunes qui sont malheureux !
Voyons ! Est-ce que la Société
N’est pas quelque peu impliquée ?

15 janvier 2010 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

C’est parce qu’avec le temps, on ressent en soi le besoin d’exprimer sa propre pensée, son intériorité, (cette ouverture qui ne se produit que grâce à l’étude approfondie de Grands prédécesseurs, humanistes avant l’heure !) qu un jour on se permet D’ ECRIRE
Mais, s’il vous plaît,  sans le secours de drogues, alcools, additifs, dont on ne devrait jamais avoir besoin, si l’on est poète. . Le vécu, et sa la réalité, vous impose de transmettre ce que vous avez vu. Car vous pressentez ce qui va s’ensuivre de « dramatique », si on laisse aller les choses, si la société toute entière ne se sent pas concernée par le « devenir de l’humanité »…
Les Camés


Il y a bien une explication
A ces étranges démissions ...
Tous ces enfants, mal dans leur peau
Qu’on retrouve à moitié dingos
Dans les lits de nos hôpitaux !
C’est pas possible, y’ a une raison
Un responsable, nom de nom !
La vie est faite pour être vécue
Ell’ n’est pas qu’une histoire de cul ...
Ell’ n’est pas qu’une désespérance
Qui fait qu’on s’ tue parc’ qu’on y pense !
Ell’ n’est pas que difficultés
Abdications ou lâchetés !
Si on vous apprend à l’aimer
Ell’ ne fait pas d’ vous un « camé »
Un renégat ou un voyou
Un qui n’ pense qu’à rendre les coups !

Faudrait p’t’être bien s’interroger
Nous, les adultes, les sensés !
A-t-on vraiment su leur apprendre
A vivre ... à se reprendre !
A s’aimer comme des copains
A n’avoir pas peur de demain
A savoir que l’on a en soi
La même force, toi et moi ...
La vie ! Mais, c’est le plus beau don !
Ne me dites pas « Allons donc »
Moi j’ai trouvé la solution,
C’est pas facile, mais pas bidon !
Plutôt que de vous supprimer
Je vous suggère de l’adopter !
La vie cela doit être tout
Ce qu’au fond vous sentez en vous !
Le bonheur n’est pas un vain mot !
Tout être a droit à ce cadeau !
Si tu ne l’as pas rencontré
Rien n’est perdu ... On peut t’aider.


Simone Raton
16 décembre 1974