13 octobre 2011 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.
« Brassens. »
« Aimer le théâtre et aimer en faire » c’est finalement un besoin vital de « l’autre, des autres ». La rencontre, le contact, l’échange, la découverte, la vie : Le dialogue, le tête à tête ou le nombre, la foule, les chœurs parlés. Le plus souvent à travers la parole, le langage, les mots. Un poème, c’est le résumé, la conclusion d’une pièce de théâtre : Le raccourci, l’extrait, l’essentiel.
Cette nuit je suis tombée sur un reportage concernant la vie de « Georges Brassens ». Curieux, moi qui préfère les biographies à tout autre lecture, je n’ai jamais « lu » la vie de Brassens. Dès l’un de ses tout premiers passages sur scène, à Paris,-avant qu’il ne soit reconnu comme un authentique poète et chanté un peu partout, surtout pour ses paroles subversives pour l’époque, j’avais été l’écouter, le voir. : Or, ce jour là, entre ses chansons, avec juste sa chaise et sa guitare, il s’arrêtait pour… « cracher » par terre en s’essuyant la bouche. J’avais été tellement horrifiée par ce comportement (un théâtre a toujours été pour moi un lieu SACRE : je n’ai jamais été à l’église, mais c’est un peu comme si le prêtre, en plein sermon, crachait paisiblement, face à ses ouailles attentives !) que durant des années j’ai eu un grand rejet de cet homme. Brel, Ferré, Férat les grands noms, oui ! Mais s’il vous plaît ne me parlez pas de ce grossier personnage qui crache et boit sur scène ! Pratiquement, jusqu’à cette nuit, lorsque mes amis me faisaient entendre Brassens pour me faire plaisir, je faisais un effort pour ne pas le revoir sur cette scène parisienne crachant par terre.
Et cette nuit, « Brassens » raconté par des gens très simples mais ayant vécus à son contact et partagé son moi profond, j’ai fait mon mea-culpa. « Il avait des choses à dire, tant de choses à dire, ce Georges ! » Mais lui, il a pu vivre, dix ans au moins, en étant possédé par sa passion pour « les mots et la musique » ne se préoccupant pas d’être totalement « entretenu par Jeanne ». « La Jeanne », âgée de 50 ans alors qu’il en avait vingt ! La richesse, l’argent, il s‘en foutait : Il était tout ce qu’il a écrit et chanté, lui et son « accent » ! lui et sa provocation perpétuelle !, Lui et sa révolte intérieure devant les injustices, la bêtise, la bêtise, la bêtise. Lui et sa tendresse.
D’abord petit chapardeur, puis voleur, puis chanteur, chanteur, chanteur ! Puis vedette « à n’en savoir que faire ». Fidèle à lui-même jusqu’à sa mort.
Au fond un poète, c’est quelqu’un de raté quoi qu’il fasse, car hors de son temps, même dans les moments les plus apparemment heureux de sa vie.. Ce n’est pas l’orgueil d’être sur scène, connu ou non qui compte c’est cette passion qui vous fait vivre, vous dévore et vous tue en même temps.
Qu ’en supplément au programme, au beau milieu de votre vie, votre vie qui n’a été jusque là que passions pour le Théâtre, la Poésie, et… l’Amour tout court, « la philosophie » vienne à votre rencontre,c’est merveilleux, certes, mais bien difficile à gérer au quotidien.