COMEDIENNE
Non je ne suis pas comédienne :
Il est vrai que j'aime les mots,
Le rideau, le trac et la scène
Et, si possible, les bravos.
Je ne suis pas comédienne
Et pourtant j'adore parler
Quand les mots qui s'envoient, viennent
Faire sourire, faire pleurer.
Mais je n'ai pas quitté l'usine
Où les gestes se répétaient
Pour devenir simple machine
A parler ... C'est sans intérêt.
Non, je n'apprends pas pour "paraître",
Faire "semblant" ou amuser ...
Je dis. Ma fonction étant d'être
Poète, sans en rajouter.
Je ne suis que ce qu'est chacun,
Un atome, une molécule
Dans l'atmosphère, un petit grain,
De poussière ... une pellicule.
Pourtant c'est vrai, j'aime la vie
Car je sais pourquoi je suis là.
C'est ainsi que je remercie
L’univers, par mes blablablas.
Je sais que nulle différence,
N'existe entre toi, moi ou lui.
Je sais aussi que l'homme pense
Et doute ... et tout ce qui s'en suit.
Car enfin quand nous serons morts
Nous n'aurons plus rien à prouver
Et je crois que nous avons tort
Pour rien ... de tant nous agiter.
ll y a tout ce qu'on ignore
La vie qu'on ne respecte pas
Le trompe-l’œil et le décor
L'obscurité qu'on ne voit pas...
Il y a les mots qui sont vides
L'action qui si ... L'action qui ça
Et puis bien sûr le temps des rides
Des patati, des patata ...
Il y a la paix, mais ma chère
Ce temps qu'il faut lui consacrer...
Allons, à quoi bon nous en faire
Qui oserait nous massacrer.
Tu crois que la paix ça commence
Par un, puis deux individus ?
Qu'un homme a cette force immense
Qui fait que tout n'est pas perdu ?
Tu dis que la paix sur le monde
C'est le peuple qui la fera
Par la révolution profonde
Que sur lui, il accomplira.
Comprends-moi ! La paix c'est soi-même
Le respect dû à chaque humain
Ce n'est pas de dire "je t'aime"
Mais c'est harmoniser demain.
C'est construire avec ses moyens
Cesser de n'agir que pour soi ?
C'est du bonheur être certain
Enfin c'est tout ce que je crois.
Et si je suis, mais comédienne ;
Ce n'est pas pour parler de tout
Mais pour dire au monde qu'il devienne
Un peu plus sage, un peu moins fou.
Simone Raton
Juillet 1986