10 janvier 2011
Hier, invité par la télé, je vois un homme de 5O ans qui AVOUE ne savoir ni lire ni écrire. Cet homme qui a travaillé toute sa vie, travaille encore, s’est marié, a eu deux enfants (garçons), n’a jamais osé dire qu’il ne SAVAIT PAS LIRE.
Il s’explique si bien, avec tant de gentillesse et de sincérité, que vraiment je m’interroge :
Comment des instituteurs, des directeurs d’école, des inspecteurs, assistantes sociales et autres … ont- ils pu ne pas apporter leur aide à ce Monsieur ? Je ne parle pas de son enfance, lui non plus d’ailleurs: pas besoin d’être psy, pour savoir que son père et sa mère étaient eux-mêmes illettrés et peu enclins à la tendresse. Mais tout de même, que de dix à vingt ans, nul ne se soit préoccupé d’apprendre à cet homme seulement l’alphabet me bouleverse.
Comment, puisqu’il s’est marié, sa femme a-t-elle pu vivre dans ce mensonge permanent, car enfin, que ce soit tout simplement :
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Sur la route (car ce monsieur conduit !) « J’ai obtenu le permis de conduire, explique–t-il avec un peu de honte, en apprenant par cœur, à l’époque, le nom des rues ! »
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Dans les supermarchés (il rajoute timidement qu’il demande parfois l’aide à d’autres acheteurs, prétextant qu’il ne voit pas bien avec ses lunettes…)
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Aux caisses, pour régler le montant de ses achats, vérifier…
Enfin dans les actes les plus courants de notre époque super-évoluée, comment exister sans savoir LIRE ?
Comment les deux enfants de cet homme, (respectivement âgés de 25, 30 ans, qui se sont exprimés durant l’émission,et étaient assez sympathiques.) ont-ils pu vivre à côté de leur père, qui a toujours travaillé pour les nourrir je suppose, sans décider de lui apprendre A LIRE ?
C’est parce que je crois au pouvoir de la Poésie que je me permets d’écrire cela : A la Grand-Combe, j’ai fait travailler, -afin de leur apprendre à lire, des enfants, et des adolescents et des femmes musulmans, qui ne parlaient pas un mot de français. J étais payée pour cela – fort peu d’ailleurs - et n’utilisais que la poésie : aucun système pédagogique.
Mais le cœur ! Les leurs et le mien, sans différence.
J’ai un souvenir merveilleux de cette période :
Avec des textes très courts de Prévert et autres poètes sélectionnés par moi, mais où la joie de donner et de recevoir,le bonheur d’échanger, de transmettre de part et d’autre existaient. Ils avaient envie de lire, d’ouvrir des livres, illustrés ou non, de regarder les mots comme des amis, comme un bonbon dont on a envie que l’on met dans sa bouche.