DEPART
Je me souviens d'un quai de gare,
Un quai quelconque... un... quelque part...
D'un Paris lugubre et soumis,
Paris - Pétain, Paris - Nazis,
Paris privé de ses enfants,
Petits juifs, aussi résistants ;
Paris où vous ne vouliez plus
Me voir en danger dans les rues ;
Ce Paris dont on m'éloignait
Pour mon bien : C'est ce qu'on croyait.
Je me souviens d'un train de bois,
Toi sur le quai, entre deux voies
Et moi dans ce compartiment
.. La fenêtre, ... les allemands.
Aussi ta voix qui m'expliquait
Qu'un jour tout cela finirait:
"Chez nos amis, plus rien à craindre,
Tu n'auras plus besoin de feindre.
Tu verras que tout ira bien,
Tu n'auras plus froid et plus faim.
- Plus la peur d'être ramassée,
Interrogée, ou déportée
- Pas de sirènes, plus d'abris,
De croix gammées, de pas, de cris...
Il faut profiter de la chance,
Puis, tu as droit à ton enfance".
Je me souviens : ce quai, la gare ...
Dont je ne puis trouver le nom ;
De tes yeux tristes et profonds
Et aussi de ta conviction :
« Tu sais, lorsque tu reviendras
Nous serons LIBRES tu verras,
Tout comme avant l'occupation
... plus tard ... A la libération.
Mais grave bien en toi ces mots :
"La guerre est le plus grand fléau" ».
Ce quai, mon dieu, ce quai de gare ;
Les bruits de bottes ... Il faisait noir
Et le train avait du retard,
Une heure ou deux, comment savoir ?
Et puis tu m'as prise à partie :
"Tu t'en vas, mais retiens ceci :
Ton théâtre, tu le feras
Et si ta mère ne le veut pas,
Sur ce quai tu as ma parole,
- puisque ma fille est un peu folle -
A réussir je t'aiderai
Et près d'elle je plaiderai
Ta cause, promis, jusqu'au bout.
Etre une artiste, après tout,
Cela vaut peut-être le coup
Il faut savoir être un peu fou !"
Je me souviens de notre gare,
Toi, pour moi, prêt à la bagarre
Et ma joie puisque je t'ai cru,
L'espoir, là, soudain revenu.