3 mai 2011 - « Roumanoff, telle quelle »
J’ai hésité à regarder hier au soir l’émission de télévision proposée sur la 3, documentaire de Matthieu Jaubert. Mais quel bonheur !
Enfin, enfin, enfin ! Je voyais quelqu’un qui -pour tout le monde en tous cas- a « REUSSI » et qui a vécu le même parcours que moi, la même passion du théâtre, des mots, du besoin de dire, de parler, parler, parler, bouger, s’exprimer : Les mêmes cours « Simon… ou autres…. » que l’on se doit d’avoir fréquenté mêmes en ne mangeant qu’un repas sur deux afin de régler le Maître, le Dieu, celui qui décide du talent que vous avez ou n’avez pas ; Les mêmes petites troupes qui « y croient » travaillent des scènes, répètent, font leurs costumes, et ne joueront probablement jamais ou si peu ; les mêmes hommes « beaux, grands, aux yeux bleu de préférence » qui vous déstabilisent, vous prennent pour une petite rigolotte, et vous utilisent pour leur donner la réplique lorsque leur blonde partenaire est absente ; les mêmes metteurs en scène qui ne vous trouvent pas assez grande, pas assez belle, pas assez élégante, pas assez raffinée, pas assez….. pour « faire du théâtre ». Les mêmes nés « super-protégés, super fils-fils à sa maman, super-marchands de crédules, super mais oui ma p’tite dame » ; Les mêmes sang bleu…Les mêmes qui me suggéreraient à mon premier contact au conservatoire de Paris (où j’avais présenté du Molière) de faire « du théâtre de boulevard »,car « vous êtes une comique-née, vous êtes faite pour ça ! ». Interpréter des histoires de culs et de c. qui font rire, quand je rêvais de faire rire avec Molière, ses soubrettes, ses valets, qui avaient le courage de défendre le petit peuple et de dire la vérité, leurs vérités. Les mêmes qui m’avaient proposé à 18 ans, dans un bled à 30 kms de Paris, de dire des textes d’Apollinaire. D’Apollinaire ? oui mais en me dévêtant… Déjà… à l’époque !
J’avais le physique d’une comique, alors le rôle de clown et d’amuseuse publique me collait à la peau. Faire rire, oui, mais de quels rires et de qui rit-on pour s’enrichir ; ou simplement en vivre en travaillant ? De quel souffre-douleur se sert-on, (sans y voir de mal ) pour qu’une salle se mette debout et vous applaudisse ?
Choisir ! Gageure que de faire du théâtre pour créer des valeurs et aider les autres à avoir envie d’en créer eux-mêmes, tout seuls, dans quelque domaine que ce soit, le le, … de préférence !
L’article de Télé Z se termine par : « Anne Roumanoff se fait finalement REMARQUER dans La Classe ( émission diffusée sur FR3, en ???) avant d’avoir son nom inscrit au fronton des plus grandes scènes parisiennes »…
Un portrait savoureux qui dévoile la vie de L’HUMORISTE sans trop en dire. »
Sans trop en dire ? Eh bien Je trouve qu’en deux heures - heures de grande écoute, 20h35-22h30,- cette femme a dit beaucoup, mais alors beaucoup de choses sur ce métier ! Sur ce monde qui se dit « du théâtre » à notre époque ! Beaucoup plus encore que dans ses sketches, Anne Roumanoff a révélé, au cours de cet entretien, des choses tues, ignorées du grand public. Des vérités qui auront permis à d’autres ( naïves passionnées comme moi leur vie durant de THEATRE ) de passer une merveilleuse soirée devant leur poste de télévision en la compagnie de quelqu’un de sincère.
Toutefois je ne suis pas convaincue que,- même si le mot d’ HUMORISTE convient effectivement pour les sketches qu’elle a écrit et joue divinement bien - Anne Roumanoff soit d’accord, au plus profond d’elle-même, avec cette dénomination . C’est une battante : elle finira bien par FAIRE DU THEATRE n’est- ce pas ? Enfin, je le crois.