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18 décembre 2010 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

Durant les vacances scolaires de 1944, j’avais été confiée avec ma plus jeune sœur aux bons soins de Mr et Mme Gris, famille de résistants- maquisards  particulièrement opérationnels et courageux - domiciliés à Saint Maixent, près  de Niort, dans les Deux-Sèvres. Paris était à ce  moment là redoutable avec ses alertes, ses descentes aux abris sans lumière, ses  arrestations, dénonciations, et cette famine, que connurent beaucoup moins les provinciaux que les parisiens, ces derniers  survivant avec leurs seuls tickets d’alimentation distribués par les allemands.


On prend la barque, on s’en va ...
Vers tout ce bleu qui vous manquait
Vers les forêts, vers les futaies,
Loin du monde des distractions
Où l’on s’est vendu, par action ...

Mon dieu la barque, garde-moi !
Je ne veux plus vivre là-bas
Dans cet enfer où tout est bruit
Où tout est sale, où tout est gris ;

Où j’ai perdu la joie d’aimer
Les collines, les amandiers,
Où je ne sais plus me trouver,
Où je ne sais que travailler.

Pour des valeurs qui n’en sont pas ;
Pour me coucher beaucoup trop las ;
Où l’on achète la beauté
En dollars, en petits papiers.

Alors qu’elle existe toujours,
Alors que la notion d’amour
Elle est là, à portée de main
Elle suit ma barque ce matin.

Comment ai-je pu exister
Tout ce temps sans me rappeler
Les champs, les vaches, les pipeaux
Le clair de lune, le bord de l’eau.

Mon dieu la barque, secoue-moi
Dis-moi de m’en aller si loin
Que je me contente d’un coin
Où j’aimerais, mais éveillée,
Tout ce que la terre a créé.

Pour que l’on vive dignement.
Pour que je vive, simplement.



« A la Venise Verte et au Marais Poitevin »
Simone Raton
21 Août 1974
LA BARQUE

Là-bas court un petit ruisseau :
C’est calme, c’est doux, c’est repos.
Rien, simplement quelques oiseaux
Des poissons et le bruit de l’eau.

Non je ne me souvenais plus
De tout ce vert, de l’herbe drue,
Des roseaux à juste midi,
Du calme intense qui saisit.

J’avais visité en passant
Ce coin de Poitou paysan
Quand soudain tout m’est revenu,
Les champs, les vaches, la charrue.

Le clapotis, le bord de l’eau,
Le bien-être, oui le repos.
Tout ce qu’ici on ne sait plus
Dans ce Paris, dans ce perdu.

On prend la barque, on s’en va ...
Le temps s’est enfin arrêté ;
On n’a plus envie d’écouter
Les mots, ni les explications,
Ni les désirs, ni les raisons.

On prend la barque, on s’en va ...
Le coeur se met à raconter
Tout ce qu’il avait oublié :
Le nid caché dans le buisson
La poule d’eau, près du gazon.

On prend la barque, on s’en va ...
C’est lent, paisible, vérité
Comme tout ce qu’on a rêvé,
Au long des jours et des saisons,
Dans nos villes, dans leurs prisons.

On prend la barque, on s’en va ...
On a enfin réembarqué,
Loin des années dilapidées
Où les jours et les sensations
Se prénommaient « désillusions ».

La Barque