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Je crois qu’au fond lui s’en moquait,
- Des appréciations du cahier -
Il disait : « Ta mère a raison ;
Parle moins, fais plus attention »;
Un petit clin d’oeil, il signait.
Maman, elle, se résignait.

Mais si, d’un de ses gestes, sec,
Elle arrachait la page;
Avec la marge
Et tout son contenu,
Alors j’étais de la revue :

Suer, suer sur ce cahier,
Accepter simplement les faits,
Avoir tout refait pour demain
Sur cet horrible parchemin.
Dans l’ombre maman reprisait
Des bas et des trous aux chaussettes.
Dans la radio, ça bavardait :
ça me consolait ...
Cette présence qui contait
Des mots cependant inaudibles,
Des mots qui me rendaient crédible
A leurs yeux qui ne voyaient pas.
C’était un ronron imprécis ;
Il me protégeait un peu d’elle ;
Parfois, encore, il resurgit
Quand je m’envole à tire-d’ailes.

Se contrôler, ne pas pleurer,
Ronger son frein sans sourciller :
Savoir que la souffrance passe,
- Y glisser l’orgueil, à sa place -
Ne pas leur révéler, quand même
Qu’à contrecoeur, lasse, on <désaime>

Parfois ... un tout petit zéro ...
Et l’appréciation éternelle,
- Dans la marge - sempiternelle ..:
A Bavardé ... Trop négligé ...
Oh dieu ! la soirée difficile
Pour deux petits mots imbéciles !

- Il y avait la solution :
<Signer >.-. suivie de punitions :
« Privée de cinéma : un mois.
Et, jeudi, la corvée de bois.
Interdiction de lire au lit.
D’aller dehors l’après-midi.
Nettoyer la maison à fond ... »
Marionnettes font, font, font ...
... Le tout accompagné de cris,
De rouspétance ... de mépris.

Parfois la gifle était partie,
- geste violent, irréfléchi -
Double soufflet en plein visage,
Mais sans que rien ne le présage.

« Tu peux taper tant que tu veux !
Tu sais, ça ne me fait pas mal.
Je ne baisserais pas les yeux !
Mais bats-moi, je m’en fous pas mal ».
Marge
27 septembre 2010 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.
« Hérédité ? »

Toute ma vie j’ai continué de croire que je ferais du théâtre mon unique métier ! J’étais tellement certaine d’entrer à la Comédie Française ou de jouer un jour à l’Olympia !
Comme un véritable musicien est envahi par la musique, je suis envahie par les mots : jouer avec les mots, parler, parler, parler, m’exprimer, être entendue.
Marge


Me revient le temps de l’école
Le temps béni - le temps des colles,
Le temps de nos cahiers d’enfants,
La marge et son air innocent.

A droite - sur la page - le devoir,
La page bien écrite, à savoir ;
Les pleins et déliés à façonner,
L’accent : L’accent mais mis du bon côté
A bon escient - Sans se tromper.
Le point sur le ‘i’ ... Il y est !
L’oreille tirée, tu connais ?
Pour l’union ...Un tout petit trait ...
Les ratures à éviter,
Les vilains pâtés à gommer,
Présentation ... à respecter !
Titre - important ! - à souligner ;
Et deux carreaux, près de la marge,
Afin que les parents émargent .
Emargent ... Que ce mot est laid !

Toujours mes cahiers étaient sales
- Hormis le jour de la rentrée -
Ce jour là on pouvait parler ;
C’était mis en gros - sans surcharge -
SALE !
C’est à ça que servent les marges,
Apprécier, avoir le pouvoir,
Faire peur aux petits, le soir.

En ces temps maman travaillait :
Dix heures, peu payées, c’est vrai.
Aussi, le repas terminé,
Chacun au garde-à-vous, rangé,
La lessive faite à la main,
Le repassage et son train-train

Quand l’après-repas finissait
Que l’heure des devoirs sonnait
Et qu’enfin Maman s’asseyait
Pour raccommoder un gilet,
La panique, en moi, s’installait
J’attendais la phrase en secret :
« Fais voir ton cahier s’il te plaît »

C’était acquis, ça serait mal ;
Je ne ferais rien de normal !
Je m’étais pourtant appliquée,
Eh bien ! C’était mal présenté :
Il y avait une bavure,
Une rature,
Un truc en  ‘ur’
Qui serait dur !
Un quelque chose qui n’allait pas !
On ne  pouvait pas signer ça !

Parfois, peu de critiques ; Brève,
Elle signait pour que s’achève
Cette soirée paisiblement .
Quelqu’ autre fois - plus rarement -
« Montre ce cahier à ton père,
Après tout ce sont ses affaires,
A lui aussi, de temps en temps,
Les problèmes de ses enfants ».