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13 avril 2010 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

C’est vrai que c’est la nuit que les idées envahissantes vous font sortir du lit. Jusqu’à l’adolescence, bien qu’ayant regardé de près des statues dans les jardins publics, ouvert des livres variés, visité des musées à Paris et observé des sculptures,  pour moi  un homme était un homme, une femme était une femme, mais leurs deux corps étaient les mêmes, mis à part la force physique  que je n’attribuais qu’au sexe masculin. Avec le temps, malgré Freud et les explications de ce que l’on nomme les grands érudits, je me demande toujours pourquoi , tout au long de ma vie, je n’ai été attirée et n’ai attiré que des femmes. Encore aujourd’hui, et cela à mon grand désespoir.
Une idée nocturne en entraînant  une autre, je repensais aux chasseurs : image de l’homme qui part, fusil en bandoulière, chasser le lapin. Pas d’égalité, c’est toujours le lapin qui est « pris », jamais l’inverse ; cela fait partie des lois de la nature. Et c’est toujours l’homme qui physiquement « prend » la femme. C’est parce qu’une porte s’ouvre, que l’on entre, c’est logique. Pour ne pas jouer les intellectuelles, après m’être longuement   interrogée au sujet de mon homosexualité, ( bien que me taisant toujours à ce sujet, moi qui ai revendiqué la vérité toute ma vie) c’est peut-être  par un besoin de TOTALE liberté et égalité qu’une femme aime une autre femme dès l’enfance, à son corps défendant. C’est aussi pour cela que je suis certaine que l’homosexualité chez les femmes n’a rien à voir avec l’homosexualité chez ces messieurs. Rien. C’est la tête qui commande le désir, la passion, le coup de foudre, et c’est notre corps qui obéit, qui veut l’autre, dans sa totalité, corps-esprit inséparables. Puisque j’ai mis au monde une fille, c’est qu’une fois j’ai pu aimer un homme, aimer d’un amour total. Mais à force de chercher, chercher, ma conclusion est que cet homme là avait 20 ans de moins que moi, et que de surcroît j’étais alors « son patron », : Est-ce, sans alors m’en apercevoir, mais comme le font les hommes en général, par désir instinctuel de POUVOIR SUR L’AUTRE que j’ai pu aimer, aussi fort  le père de ma fille que les femmes qui ont vécu avec moi ?
Tant que l’on n’a pas découvert une grande philosophie, les interrogations  sur les pourquoi et les comment ne vous concernent pas : On mange, on boit, on dort, on ……  on vit comme l’animal, heureux ou non, de tout ou de rien. Après, c’est difficile : On  voudrait comprendre, comprendre ….
En final, moi qui ai accepté de faire un enfant, lequel  serait forcément  un garçon qui ressemblerait  à son père… j’ai mis au monde une unique  fille  qui a plutôt tendance à me ressembler: Qui va prochainement donner le jour à un quatrième enfant. Soit un couple continuant la dynastie : deux garçons, deux filles. La norme, quoi ! Moi qui désirais avant tout que ma fille ne soit pas homosexuelle, pour ne pas vivre  avec un corps en désaccord avec sa pensée,  j’aurais au moins gagné ça dans CETTE vie.
Au fond rien n’est irréversible !
Mendiants
MENDIANTS

Mendiants ? Nous dites-vous ! Mendiants !
Vous vivez donc sans ambition, sans but ?

Parce que nous avons choisi la rue
Au lieu du cabaret ? De l’impromptu
A la place de ces lieux fermés
Où l’on ne sait plus écouter
Les légendes du temps passé,
Les comptines écrites un soir,
Par amour et sans bien savoir
Qui s’arrêtera pour entendre
Ces textes rédigés pour vous
Et composés sur les genoux.

Mendiants ? Nous dites-vous ! Mendiants !
Qu’importe si l’on a la foi

Si, en ce que l’on fait on « croit » !
Si, parce que je parle dans les rues
Tu retrouves en toi ton âme ingénue
Si, rien qu’au son de quelque ritournelle
La plus laide sait qu’elle est belle,
Le plus déshérité oublie
Ses petits tracas et ses grands ennuis
Pour profiter de ce moment
Ou nous vous offrons, mendiant,
Notre gentillesse, à vous, les passants.


à Beaubourg
Simone Raton
Août 1976