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4 mars 2011 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

« Bonne Grand maman »

Je n’achète jamais de journal du jour. En général je mets en marche ma télé à 7 heures du matin pour les informations, puis jugeant ma besace suffisamment pleine de trente minutes des mauvaises nouvelles mondiales, je passe à autre chose.
Ce matin, toute première information : « c’est la fête des grands-mères ». Ah ! Bon ? Quand j’étais à Calais ma fille n’omettait jamais ce jour là de m’envoyer par Interflora des fleurs. Il faut bien que les fleuristes travaillent et que les petits enfants se souviennent qu’ils ont encore une grand-mère.
MERE & FILLE

Ne touche pas à cela, tu vas l’abîmer.
Fais attention au verre, tu vas le casser !
Et voilà, ta robe est déjà toute souillée !
Comment veux-tu que j’ai envie de t’habiller ?
 
« Voilà les recommandations qui recommencent.
Tout ce qu’elle raconte, je m’en balance !
Si elle comprenait ! Tout ça ne compte pas !
Ah si je pouvais ne plus entendre sa voix ! »
 
Mais fais donc attention où tu mets les pieds !
On voit bien que tu n’as pas de mal à le gagner
« L’argent ». Ne réponds pas ! Ou je vais te gifler !
On met bien au monde des loups pour vous manger !
 
« Ca y est ! Le couplet sur mon éducation !
Sur ce que je DOIS FAIRE, sur les « Attention ! »
Sur ce qu’ils FONT pour moi, depuis que je suis née,
Sur la super situation, qu’ils m’ont donnée ! »
 
Tu veux partir, après tout ce qu’on a fait pour toi !
Tu n’étais pas heureuse ici, des fois, dis-moi ?
Parfait, prends la porte ! Adieu, ne reviens pas !
Quand je vois qu’on élève des enfants pour « ça » !
 
Et l’on prend sa valise, ses vingt ans, sa joie ;
Sa foi dans une vie meilleure part avec soi.
On s’en va - vers ce qu’on croit être la Liberté -
Avec un grand « L ». Deux ailes, pour mieux voler.
 
Alors ma fille, ça y est , tu as gagné ?
Moi, je vieillis, ça ne semble pas t’inquiéter.
Il faut dire qu’avec les artistes, tes copains,
C’est bien plus amusant de partager son pain.
 
Et puis un soir, la voix se tait, mais tout à fait.
Fini de la morale, fini à jamais.
Sans doute, dessous tous ses mots, son cœur saignait
Puisqu’à ma fille, je dis les mots, qu’elle disait :
 
Ne touche pas à cela, tu vas l’abîmer !
Tais-toi, ne réponds pas, ou je vais te gifler !
Tu n’es peut-être pas heureuse, ici des fois ?
Pourtant, si je t’élève, ce n’est que pour ça.


Simone Raton
12 Novembre 1976
Mère & Fille