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5 février 2011 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

« Le coeur et l’esprit »

Décidément la solitude me réussit, puisque j’ai eu le courage de rechercher un texte parmi ma multitude de vieilles cassettes. C’est curieux la vie : Après avoir quitté les Cévennes - trois ans - pour m’installer dans l’Allier (Bellerive ;  puis encore trois ans dans le Nord (Calais), après aussi avoir perdu d’un coup cinquante kilos, et bien sûr vieilli comme tout un chacun, beaucoup d’amis qui ont suivi certains de mes spectacles ne m’ont pas reconnue, hier à Nîmes, lors d’une réunion.
Habituellement, pour clore ou commencer ce genre un pianiste, un guitariste, qui a la joie d’intervenir avec  un morceau de son choix. Avec mon esprit critique et mon besoin de défendre la poésie à tous vents, à chaque fois je me demande pourquoi les« mots » -qui se suffisent à eux-mêmes - porteurs de message, laissent la place à la chanson, laquelle est de surcroît la plupart du temps chantée en anglais.


Trois pas en avant ... Puis le cri,
Le cri des enfants éblouis
Par ce corps qui ne se voulait
Que sculpture ... Pour le jeu complet
De cet artiste qui créait
D’un geste, simplement, le vrai.
- Féerie pure sans limite
Pouvoir de ce que tu imites
Et le public qui se soumet
C’était concret ... et tu mimais.

Les enfants continuaient de rire
De tout ce que tu leur contais
A coup de gestes sans bavure,
Sans parole, sans écriture,
Toi, tu leur apportais un monde,
D’un seul trait, en quelques secondes,
Et moi, je regardais couler
La sueur sous tes bras levés
Et j’admirais ta précision,
Tes mouvements et ton action.

Tu étais mime « américain »
Et d’un simple jeu de tes mains
Tu faisais prisonnier ta salle,
Et tu leur parlais de scandale,
Et de la lune, et des étoiles,
Et ton corps était une toile,
D’où une infinité d’images
Faisaient rêver les enfants sages
S’enfuir de leur réalité
Les tout-petits, un soir d’été.

Juillet 1977
Simone Raton
Mime

Il s’est grimé ... lentement
Un masque tout blanc.
Aux deux yeux ardents.
Regard fascinant.
Le visage blanc
Allait maintenant
S’animer vraiment
Pour quelques enfants
Assis humblement
Devant : sur un banc.

Mime, il s’était voulu
Et son corps était devenu
Quelque esclave à son service ;
On le voyait, là, en coulisses,
S’investir - un dernier effort, ...
Travailler, travailler encor,
« Le genou était un peu raide ... »
... Pour peu que la cheville cède
Il raterait le numéro
Qu’il avait répété tantôt.

Déjà, dessous le masque blanc
Les gouttes perlaient lentement ;
A l’idée de rentrer en scène
Il avait eu un geste obscène,
Afin de conjurer le sort.
Avant d’entrer dans le décor
Dans la glace il se regardait
Et déjà, plus rien n’existait,
De ce qui avait été lui.
... Le masque avait tout englouti.
  
Mime