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19 février 2010 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

Journée sans âme : de ces jours où rien mais alors rien ne vous intéresse. Même pas le besoin d’écrire.
Envie encore de« déclamer », d’être sur scène, encore et toujours avec les mots et les pensées envahissantes.
Quand je pense qu’on rêve de la retraite !
C’est vrai qu’il n’y a plus à travailler pour exister. Mais que de complications que l’on ne peut même pas imaginer, et de difficultés imprévisibles à surmonter pour conserver le joie, la joie, la joie.
Moulin à paroles


Le feu je l’allumerai demain,
Ou bien plus tard, on verra bien,
Mais là, faut qu’j’écrive, faut qu’j’écrive,
Y’ a tout mon passé qui dérive,
Et qui m’oblige à travailler.
Pourtant, depuis l’temps qu’j’te connais,
L’travail, tu pourrais m’foutre la paix,
Me laisser profiter d’ma r’traite
Sans me demander à tue-tête
De sortir du lit sans besoin,
Pour aller écrire dans un coin !
Heureusement que je vis tout’seule :
Je vois un peu d’ici la gueule,
De « l’autre » me voyant installée
A 2 heures dans mes p’tits papiers.
Sûr, il m’dirait : « T’es pas cinglée,
T’as vu l’heure ? Va te recoucher !
Non mais t’as pas aut’chose à faire
Qu’à te torturer pour des vers ? »
Et qu’est-ce que vous voulez qu’j’réponde ?
« C’est comme un œuf, ... Il faut qu’je ponde ! »
A moins d’être fou, i’m’croirait pas,
Et ce s’rait encore le combat
Des couples si bien assortis ...
Enfin, vous voyez ça d’ici !
Y’en a qui aiment le ballon rond,
D’autres les petits jeux d’salon
Y’en a qui tapis, tapis vert ....
D’autres qui s’occupent de tes affaires, ...
Y’en a qui Marx, y’en a qui Freudent,
Y’en a qui dorment, y’en a qui ...........
Mais moi j’écris, en grand en p’tit.

Depuis que j’ai quitté Paris
C’est vrai, je ne suis plus à moi :
Je suis « aux mots » .... c’est mon émoi
... C’est juste, ce qu’elle disait ma mère,
- en me calottant pour m’fair’taire - :
« T’es qu’un vrai moulin à paroles,
Ma fille », et ça la rendait folle,
Tell’ment j’aimais à bavarder.
Eh bien non, ça m’est pas passé :
Et que j’te mouds des pieds, des mots,
Me v’là meunier à tout propos.
Je n’sais pas si le blé s’ra bon
Mais j’vais livrer ça sans façons,
Afin d’aller me recoucher :
C’est que demain, faut travailler.


Simone RATON
MOULIN A PAROLES

Qu’est-ce que j’ai comme mots qui s’trimballent
Dans ma tête ... Bon dieu, ça cavale,
Là-haut, sous mon p’tit chapiteau !
C’est pas croyable, ça vient à flots,
- Comme si tout mon passé r’montait -
Comme des p’tits rats qui s’en iraient
La nuit -vers une heure du matin -
Pour casser un’p’tite croûte, un brin
De causette à communiquer
Alors qu’j’aim’rais mieux « roupiller ».
Si y en a qui cherchent leurs mots,
Eh bien moi j’leur tir’ mon chapeau,
Parc’qu’à mon propos ces chameaux,
Je crois bien qu’ils auront ma peau.
Depuis que j’ai quitté Paris
Les souvenirs, hardi petits,
Se permettent de me réveiller
Pour que je noircisse du papier :
J’ouvre l’œil, je m’dis « j’vais r’dormir » ...
Je t’en fiche ! Les v’là qui m’attirent
Hors du lit, ... même si je n’veux pas.
Ils sont cent à m’emboîter l’pas.
Y’a rien à faire, y’faut qu’j’écrive
- Faut que tout ce p’tit mond’là vive - ...
Alors j’écris, sur tout, sur rien ...
Tu parles, à deux heures du matin,
J’aim’rais bien mieux fair’un calin
Ou m’endormir auprès d’machin
Ou bien de truc, ou bien de « chouette » ...
Enfin, j’voudrais pas êtr’poète !
C’est p’têtre sympa d’être écrivain,
Mais, flûte, dormir aussi, c’est bien.
Oui mais voilà, si j’leur tiens tête,
Aux mots, alors là, c’est ma fête ...

Dans le lit je m’mets à tourner,
A me retour’ner, à m’agiter ...
J’ai un’p’tite crise d’asthme qui démarre
Alors, forcément, j’en ai marre,
Je me lève, quoi, j’obtempère
... J’écris mes p’tits souv’vnirs pépère,
- Plutôt « mémère » -, mais c’est vit’dit,
Car il a fallu l’vivre, pardi
Tous ces trucs marrants que j’raconte,
Et qu’mon cerveau a pris en compte.
Tiens, en plus le feu s’est éteint :
C’est qu’ils sont frais, les p’tits matins
Quand t’habites le cœur des Cévennes.
Eh bien mon vieux, c’est pas la peine
Que j’essaie d’allumer un feu :
Je dois écrire, pour toi, pour eux,
Je n’sais pas au juste pour qui
Mais vois, c’est parti mon kiki !