MOULIN A PAROLES
Qu’est-ce que j’ai comme mots qui s’trimballent
Dans ma tête ... Bon dieu, ça cavale,
Là-haut, sous mon p’tit chapiteau !
C’est pas croyable, ça vient à flots,
- Comme si tout mon passé r’montait -
Comme des p’tits rats qui s’en iraient
La nuit -vers une heure du matin -
Pour casser un’p’tite croûte, un brin
De causette à communiquer
Alors qu’j’aim’rais mieux « roupiller ».
Si y en a qui cherchent leurs mots,
Eh bien moi j’leur tir’ mon chapeau,
Parc’qu’à mon propos ces chameaux,
Je crois bien qu’ils auront ma peau.
Depuis que j’ai quitté Paris
Les souvenirs, hardi petits,
Se permettent de me réveiller
Pour que je noircisse du papier :
J’ouvre l’œil, je m’dis « j’vais r’dormir » ...
Je t’en fiche ! Les v’là qui m’attirent
Hors du lit, ... même si je n’veux pas.
Ils sont cent à m’emboîter l’pas.
Y’a rien à faire, y’faut qu’j’écrive
- Faut que tout ce p’tit mond’là vive - ...
Alors j’écris, sur tout, sur rien ...
Tu parles, à deux heures du matin,
J’aim’rais bien mieux fair’un calin
Ou m’endormir auprès d’machin
Ou bien de truc, ou bien de « chouette » ...
Enfin, j’voudrais pas êtr’poète !
C’est p’têtre sympa d’être écrivain,
Mais, flûte, dormir aussi, c’est bien.
Oui mais voilà, si j’leur tiens tête,
Aux mots, alors là, c’est ma fête ...
Dans le lit je m’mets à tourner,
A me retour’ner, à m’agiter ...
J’ai un’p’tite crise d’asthme qui démarre
Alors, forcément, j’en ai marre,
Je me lève, quoi, j’obtempère
... J’écris mes p’tits souv’vnirs pépère,
- Plutôt « mémère » -, mais c’est vit’dit,
Car il a fallu l’vivre, pardi
Tous ces trucs marrants que j’raconte,
Et qu’mon cerveau a pris en compte.
Tiens, en plus le feu s’est éteint :
C’est qu’ils sont frais, les p’tits matins
Quand t’habites le cœur des Cévennes.
Eh bien mon vieux, c’est pas la peine
Que j’essaie d’allumer un feu :
Je dois écrire, pour toi, pour eux,
Je n’sais pas au juste pour qui
Mais vois, c’est parti mon kiki !