Muses
Oh ! Muses, venez donc m’aider,
J’ai un spectacle à présenter,
Je ne sais pas par où commercer
Je cherche quelque introduction ...
Non, non pas une allocution !
Quelque chose qui puisse plaire,
Un ensemble qui n’ait pas l’air
Trop préparé, trop entendu.
Surtout pas de malentendu
Je ne viens pas apostropher
Je ne veux pas philosopher
Je ne fais pas de politique
Non, je me donne la réplique.
Mais, Muses, par où commencer ?
Il s’agit de bien attaquer,
Ne pas se laisser embarquer
Par quelque idée trop personnelle,
De celles qu’on a à la pelle,
Qui font très bien sur du papier
Mais qui ne tombent sur leurs pieds
Qu’au prix de mille acrobaties ...
Oh ! Muses, ce qui me soucie,
A moi qui toujours monologue,
C’est bizarre, hein, c’est le dialogue
Ma voix serait un boomerang :
Je raconte, je parle, et « pang »
J’atteins un cœur, j’en entends deux.
Non, Muses, ce n’est pas un jeu
La Poésie est quelque chose,
Muses, qui remet en cause
L’humanité
En son entier.
Je prends la balle, je l’envoie
A droite, à gauche, ici et là,
Et je partage avec chacun
La poésie est un bouquin
Qu’on lirait, mais ... les yeux fermés
En étant beaucoup à aimer.
Que dis-tu, Muse, j’exagère ?
Que veux-tu, que je vocifère ?
Que je me mette au diapason ...
Crois-tu que n’aie pas de raison
De chercher quelque introduction
Pour présenter ma production ?
Que dis-tu, Muse, un peu de « folk » ?
ça se vend mieux à notre époque
Que « Lamartine » que « Musset »
Oh cela, Muse, je le sais
Que les maisons de la culture
Préfèrent le « folk » à la nature ...
Mais moi je crois en mon étoile
Si je suis un peintre sans toile
C’est que je ne veux pas coucher
La poésie sur du papier
Pour qu’elle dorme en un tiroir !
Oh, Muses, allez donc vous asseoir,
Soyez spectateurs car ce soir
J’ai plein de choses à raconter,
Laissez-moi à nos invités.
Simone Raton
1977