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N’écris pas

Tu m’as écrit : « Je pense à toi,
Bon anniversaire », je crois
Et j’ai eu grande envie de rire,
Puis de pleurer, puis de partir,
En lisant ces simples mots là.

Toi qui disais « Epouse-moi »
Tu m’écris « Qu’heureuse tu soies »
Quand tu t’endors en d’autres bras
Et sommeilles en d’autres endroits
Que cette maison qui fût notre.

Tes lettres que j’avais gardées
Je les ai, vois tu, comparées
A celle reçue ce matin
Où tu t’apitoies, tu me plains
Comme le feraient mes copains.

Je ne veux pas de ta pitié,
De ces mots que tu as jeté
Sur le papier pour me montrer
Qu’au fond tu ne m’oubliais pas,
Bon anniversaire, et voilà !

Toi qui a construit puis détruit
Jouant au chat, à la souris,
Je t’interdis de m’adresser
Des lettres comme aux déportés
Qu’on a laissé mourir de froid.

Ne perds pas ton temps à m’écrire
Garde tes timbres, ton papier ,
Pour celle pour qui tu soupires.
Inutile aussi d’essayer
De me consoler. M’attendrir,

Quand tu finis par « Bons baisers »,
Cela ferait plutôt sourire,
Tu sais ce que baiser veut dire
Ce mot ne l’utilise pas,
Ne m’écris pas.

Simone Raton
Novembre 1978
N'écris pas
8 février 2011 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

Quand privée de parole
Il vous reste…l’écriture.

Je viens de relire « N’écris pas ». Novembre 1978…
Pas très bien écrit d’ailleurs ce texte, mais si sincère !
Il est vrai que lorsqu’il y a eu rupture dans un couple, que cette rupture ce n’est pas vous qui l’avez provoquée, mais « L’autre », il faut beaucoup de temps et de sagesse développée pour ne pas retrouver la souffrance au simple contact d’un vêtement oublié, d’un livre lu à deux, aux souvenirs qu’une simple écriture fait ressurgir en soi.
De plus, lorsqu’il y a une différence d’âge de 20 ans et plus entre les deux partenaires, que notre inconscient nous rappelle qu’il semble logique que le perdant soit le plus âgé des deux, recevoir « Bon anniversaire » -même si cela est parti d’une bonne intention- ravive les inutiles souffrances.
Par contre, en ce qui concerne le père de ma fille, j’aurais aimé recevoir un jour, comme ça, une carte, une lettre, un coup de téléphone me précisant qu’il est encore en vie, quelque part dans notre monde.
Ne serait-ce qu’une signature, Monsieur Lefebvre, pour le dire à notre fille, sans plus.
Je suis, comme tout un chacun, pleine de contradictions. Probablement ce qui fait le charme de la Vie. Enfin ! (ou sans fin ?)