Objets Inanimés
L'étrange, quand l'autre s'en va,
L'étrange, qui n'en finit pas,
C'est la complicité tacite
Des objets : eux aussi "s'acquittent".
La porte qui est mal fermée...
C'est qu'il n'a pas rendu les clés ;
Le parquet qui est bien ciré...
Puisqu'il n'est plus là pour marcher ;
Le vase triste, sans nos fleurs ;
Le réveil qui n'est plus à l'heure...
Et puis on ôte son manteau,
Et là, on a froid dans le dos.
Tout un côté inhabité...
Les habits de l'autre moitié,
Le porte manteau suspendu...
Que l'on voudrait n'avoir pas vu.
On referme, et ça continue !
Le buffet que l'on aimait tant,
Il est tout vide maintenant...
A quoi bon se faire à manger
S'il n'est plus là pour se moquer
De vos gestes, de vos manies,
De votre trop grand appétit !
Armoire et buffet me regardent :
Ils souffrent, privés de ses hardes.
Alors pour se dédommager
Ils s'amusent à me faire penser !
Peut-être ont-ils mal, eux aussi ?
Cette chaise où il s'est assis,
Pour me raconter ses chagrins,
Ses espoirs, ses lendemains,
Pour me tenir entre ses mains,
Pour me consoler des humains...
Cette chaise, peut-être bien
Qu'elle me reproche son départ
Qu'elle me dit qu'il est bien trop tard,
Que peut-être tu es parti
Parce que je n'ai pas compris
Tout à fait ce que tu étais...
Tout à fait ce que tu voulais...
Tout à fait ce que tu aimais...
Objets, objets, mais taisez-vous !
C'est vrai, j'ai mal, c'est vrai, j'avoue.
Et je n'ai pas encore tout dit !
Après il y aura le lit,
Le fouillis que tu y mettais,
Le livre que je te lisais,
Les draps qui vont me faire crier.
Et ce tableau dont on disait
Qu'il était loin d'être parfait
Mais qu'il était un peu nous deux
Avec ses bleus, oui tous ces bleus...