24 avril 2010 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.
Etre « dépendant » ou Histoire SANS paroles
« Perdre la parole » est quelque chose de terrible : si je retrouve ma voix, vraiment, je repenserais sans arrêt, je l’espère, à cette phrase que ma mère prononçait souvent « cesse de parler pour ne rien dire » ou « tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler ».Je sais aujourd’hui pourquoi j’ai souvent aimé ces êtres qui parlent peu, très peu, mais à bon escient. Le plus souvent ce sont des hommes.
Par le corps médical il m’est demandé actuellement de vivre dans le plus total silence. En quelque sorte une espèce de « retraite religieuse absolue », qui, justement, n’existe pas dans la religion que je pratique. Dans le bouddhisme de Nichiren Daïshonin, c’est par la voix que s’accomplit l’œuvre du Bouddha : Donner autour de soi le « moyen » d’être heureux.
Dans ma famille il y a ceux ou celles qui me téléphonent en disant
« Non, ne parle pas ! Ne te fatigue pas ! Ne t’énerve pas ! On va te raconter, etc. ». Après ce genre de coups de téléphone, je me sens mieux, la journée s’éclaire, rien ne réveille l’ulcère à l’estomac qui me tenaille.
Et puis il y a les amies. Le dramatique c’est que ce sont des êtres qui ne viennent me rendre visite (en leur âme et conscience) que pour m’aider : Gestes de la vie quotidienne que je ne peux plus exécuter… Porter, déplacer, téléphoner à X, me baisser, sortir cinq minutes ma chienne, etc. Celles qui m’aident dans ce qui leur semble le plus important, ce pourquoi elles ont eu la gentillesse de se déplacer.
Seulement ces amies agissent tellement en fonction de leurs propres capacités et non de la réalité du moment, en fonction de ce qu’elles sont et non de ce qu’est l’autre, - cet autre quelles ont auparavant côtoyé en pleine possession de ses moyens - que, dès leur départ, le malade se sent contraint de s’allonger… pour calmer ses douleurs d’estomac !
Savoir, même et surtout si le malade n’a pas raison, s’abstenir de brusqueries ; De paroles fortes auxquelles le malade atteint d’aphonie ne peut répondre ; De remarques maladroites, parfois blessantes.
Est-ce que cela s’apprend « devenir l’autre » le temps nécessaire pour que le malade reste dans sa bulle, heureux d’une présence réconfortante, silencieuse ? Pas sûr ! Je repense à certaines infirmières, à l’hôpital : Celles qui, dans leur façon d’ouvrir la porte de ma chambre me donnaient la joie pour la journée, et celles qui me coupaient toute envie de vivre.
Dommage qu’étant enfant ou adolescent on n’essaie pas d’expliquer à chacun ce qu’est réellement l’égo, l’égoïsme, le soi. Est-ce pour cela que d’aucuns ont besoin d’adorer Jésus, Gandhi, sœur X, l’Abbé Pierre, qui sais-je ? « De ces êtres auxquels « on » aimerait pouvoir ressembler, sans en trouver le courage ! Pourtant chacun possède au fond de soi l’état pur de l’univers, la réelle bienveillance, non ? Notre monde manquerait-il d’une philosophie à la hauteur et à la portée de chacun ?