19 août 2011 - Le portrait de notre amour.
C’est vrai que l’on fait son malheur soi-même : Il n’est pas un être que j’ai aimé en acceptant de le partager : Que se soit dans l’administration, dans la restauration, dans le seul domaine poétique, dans la vie en général, j’ai finalement toujours tout vécu à deux, NUITS ET JOURS, entraînant l’autre dans mon sillage. C’est peut être pour cela que c’est dur, maintenant, de vivre SEULE, mais vraiment seule avec moi-même dans toutes mes actions.
Je ne suis pas peintre, et relire aujourd’hui ce poème que j’aime toujours (écrit un 14 juillet en 1977 ! ) me plonge dans un abîme de réflexions philosophiques. Jusqu’au bout de ma vie je resterai persuadée que l’on peut tout partager avec les autres, n’importe quel autre, SAUF l’être que l’on aime. Mais que l’on aime D’AMOUR.
Lorsque l’on n’aime plus, il faut avoir le courage de se le dire, d’abord, et de le dire à l’autre ensuite, car en fait aucun humain ne nous appartiendra jamais. « Il ou elle » n’est ni un animal, ni une chose que l’on peut domestiquer, attacher, ou acquérir. Et si ( ?...) « l’autre » ne vous aime PLUS, un jour ; Ne vous DESIRE plus, une nuit ; Ne partage plus TOUT – le bon et le mauvais - avec vous, à quoi bon vivre ensemble ?... ( Et dire qu’il m’arrive encore de penser : « à quoi bon vivre ! »).
C’est que l’on s’est trompé sur SOI, sur L’AUTRE, ou sur les deux. Si c’est « sur soi » et que l’on ne se corrige pas, que de souffrances inutiles s’installent ! La même cause produisant le même effet, on revivra sous des apparences différentes LA MEME SITUATION. Homme ou femme.
Je crois qu’il faut DIRE LA VERITE. Pour tout, avoir le courage de dire la vérité. Ma vie durant je me suis battue pour faire accepter l’être « que j’aimais » partout et par tous alors que mon entourage et ma famille auraient préféré me voir seule et non à deux.
Découvrir qu’un jour cet autre, que vous imposez partout, puisse vous trahir ( par jeu, pour s’amuser, parce qu’il découvre autre chose, pare qu’il est jeune, parce qu’il s’est lassé de vous … ? ) est terrible ! On se remet d’une blessure, ou l’on en meurt. Mais on souffre longtemps d’une trahison lorsque l’on a donné toute sa confiance à « l’autre ».
Un petit baiser échangé, devant vous, lorsque l’être aimé ne se doute pas de votre présence, ce n’est rien en soi, c’est évident ! Mais la violence de la trahison au moment où l’on est heureux, confiant ! Où l’on se doit d’être concentrée sur son texte, juste avant d’entrer en scène ! Dans un théâtre où l’on a emmené « l’autre »- en Italie- pour venir vous voir jouer et dire Prévert en italien ! Cela me rappelle un poème ( de S. Prudhomme, je crois) le vase brisé, que je glissais dans mes programmes, après, longtemps après, les soirs de nostalgie :
Je sais, il a l’air vieux jeu, mais l’amour ne vieillira jamais !, et comme je me souviens des paroles sans avoir à les dire, profitons-en :
Le vase où meurt cette verveine
D’un coup d’éventail fut félé .
Le coup dût l’effleurer à peine
Aucun bruit ne l’a révélé
Mais la légère meurtrissure
Mordant le cristal chaque jour
D’une marche invisible et sûre
En a fait lentement le tour.
Son eau pure a fui goutte à goutte
Le suc des fleurs s’est épuisé.
Personne encore ne s’en doute :
N’y touchez pas, il est brisé.
Souvent ainsi la main qu’on aime
Effleurant le cœur le meurtrit
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt.
Toujours intact aux yeux du monde
Il sent croître et pleurer tout bas
La blessure fine et profonde
Il est brisé, n’y touchez pas.
Pour « bien dire » un poème il faut avoir vécu la même situation que l’auteur, quels qu’en soient l’époque, le sexe, le style, le lieu. Le mien de poème « POUR FAIRE LE PORTRAIT DE NOTRE AMOUR » étant un peu personnel, j ’ai fait ce long préambule et me suis servie de Sully Prud’homme afin de rendre ce passage de ma vie un peu plus explicite.
Et puis parce qu’au fond c’était un des plus jolis 'Contes de Fées' que j’ai vécu, pas un compte que je règle.