16 décembre 2010 - ... suite ...
C’est curieux, le temps qui passe ! Je ne me souviens pas du nom des gens rencontrés hier au soir, et je peux revoir, comme si j’y étais, Marceau, ses gestes, sa précision. Grâce à son talent, à son travail, comprendre l’importance des mouvements de la plus petite partie de notre corps ! Deviner la sensibilité et l’exigence dans la perfection de ce génie que fut le mime Marceau.
Mais présentement c’est de Dany BOON dont je voulais parler, et de ce qu’il a fait ressurgir en moi, authentique Parisienne !!!
Tout d’un coup, avec Dany, les parisiens étaient là, bien présents sur scène, comme on a l’habitude de se les représenter. Oh ! Pas méchamment, mais quand même ! Et comme je m’étais toujours promis d’écrire un poème sur ce sujet, afin d’évoquer l’envers du décor et de rendre un peu aux parisiens ce qui leur revient, j’ai passé le restant de la nuit à écrire ce préambule, sans - hélas ! - avoir le courage de me lever.
Donc pas de poème, mais de la prose. Tous les gens de ma famille ayant élus domicile à Paris bien avant ma naissance. Rue des Guillemites, rue du Temple, rue des Ecouffes. 25 Rue des Rosiers pour les grands-parents paternels ; 65 avenue Parmentier dans le 10ème pour les grands parents maternels ; Rue Jacques Kabblé pour les tantes, oncles, cousins. J ‘ai toujours su qu’ils habitaient là depuis leur plus tendre enfance, mais qu’ils avaient quitté les uns leur Bretagne (la forêt Fouesnant), les autres leur Jura, (Dôle, Salins, Poligny,) pour échouer à Paris … concierges, gardiens d’immeubles, vendeur de chapeaux chez Sools, place de la République et j’en passe ! Mes deux grand-mères, veuves de guerre, ne s’étant pas remariées officiellement afin de conserver la pension de leurs défunts maris, je n’aurais finalement connu, de 0 à 18 ans, que Paris. Paris et ses rues, ses maisons, ses squares, ses bois de Boulogne et Vincennes…
Quant aux amis que je devais me faire plus tard la plupart d’entre eux étaient et sont toujours domiciliés dans le 5ème 6ème 16ème ou 17ème arrondissement de Paris.
Lorsque vous faites partie du bon peuple, votre arbre généalogique ne vous préoccupe pas particulièrement .D’autant qu’étant enfant les sujet de conversation, à table, lors des réunions familiales du dimanche tournant sur « les tranchées, les morts de 70 ou de 14, Verdun, Pétain, etc. » , les enfants évitaient soigneusement de poser des questions sur le passé, les ancêtres. Les vieux !
Si bien qu’après, -pour peu que vos parents meurent jeunes- vous ne soupçonnerez jamais les petits secrets que détient la province profonde, ni la joie d’être enracinée quelque part.
Il a fallu que je côtoie beaucoup d’employées des P.T.T pour que je réalise, un jour, que TOUTES avaient, ici ou là, dans le sud- est ou Ouest, le Nord, le Massif Central, l’Algérie, les Antilles, des RACINES. Je veux dire de la TERRE sous les pieds. Un lieu, une baraque, un coin de France qui n’était pas Paris dont elles se revendiquaient pourtant. Il a fallu que j’achète (puis revende) une petite maison en Bourgogne, puis une plus grande en Normandie, que j’aille vivre plusieurs années à Perpignan, en Andalousie, à Vichy, en Cévennes, à Calais, pour que je comprenne qu’il me manquerait éternellement une « terre natale ». Qu’être fière d’être une vraie parisienne était une hérésie. Que jamais je n’aurais DANS MA TETE ce petit coin, ce refuge possible, cette vieille cuisinière d’une arrière grand-mère, ces histoires de Mon terroir. Etre une vraie parisienne, c’est être dépossédé de l’essentiel. Ses RACINES ; Dany Boon, c’est exagéré et vrai tout ce que tu racontes. Mais tu l’aimes TON NORD, ses ciels magnifiques, sa petite pluie fine, sa mer jamais bleue mais si vivante, et ton accent aussi chaleureux que celui de Marseille.
A part « au PANTIN parisien » ce cimetière où il faut une carte de géographie pour retrouver une hypothétique pierre tombale. A part au Père-Lachaise où les places sont plus coûteuses et rares que les immeubles, pas de terre sous les pieds ! Pas de petit coin secret bien à soi enfoui dans son cœur.
Toute ma famille est morte, ou retournée comme moi en province, à la recherche d’un coin tranquille. Pour la retraite ! Mais, même après 30 ans dans les Cévennes, je ne ferai jamais partie des Cévenols. Je l’ai cru un temps, j’ai tout fait pour cela : c’est faux. On devrait toujours rester ou avoir quelque chose ou quelqu’un sur la TERRE où l’on est née.
Curieusement, à Paris, dans les café-théâtre que j’ai ouvert, que ce soit à St Germain des Prés, dans les Halles, rue de Montreuil, je n’ai pas fait passer de parisiens sur scène. Des Espagnols, des Bretons, des toulousain, des artistes de la Drome, de Lyon, oui … Je les aimais pour leur accent, et ce quelque chose qu’ils possédaient sans le savoir : Pas des murs, de la pierre, mais de la terre sous leurs chaussures et de l’accent du terroir dans leurs voix.
Drôle de préambule : j’en ai oublié de déjeuner…Il me semble que j’ai tant à dire encore. Qui vivra verra non ?
Pour en revenir à Dany Boon, je suis allée de mon plein gré à Calais, préférant la mer grise au grand soleil du Sud. Me revoici dans le Sud, mais c’est vrai que j’ai pleuré en quittant les gens du Nord : C’est peut-être que le Nord c’est bien près de Paris, et que si j’ai perdu ma voix, je n’ai pas perdu mon accent de titi-parisien, ni mon cœur. Va Savoir !