Prisonnier
Je t’avais mis en cage, ainsi que les oiseaux.
Je t’avais tout à moi : ton chant était si beau
Que j’écoutais ta voix, sans oser dire un mot.
Tu réveillais en moi Beethoven et Rimbaud.
La cage était petite, mais tu vivais bien
Et résonnaient en moi chacun de tes refrains.
Je regardais tes yeux, je connaissais tes mains.
Mon cœur s’était fondu quelque peu dans le tien.
Je m’endormais, bercée par le son de ta voix
Et tu m’emprisonnais un peu plus chaque fois.
Je m’étais habituée à n’entendre que toi
Tu étais l’océan dans lequel on se noie ...
Chacun de tes accords évoquait les rivages
Lorsque tu étais là, je devenais voyage
J’adorais ta prison, j’en oubliais la cage
J’oubliais que tout en toi était sauvage.
Au centre de la cage, tu semblais heureux
Toi qui aimes la pierre, tu faisais du feu
De la moindre brindille égarée en ces lieux :
Je t’écoutais jouer, le ciel devenait bleu.
La cage était jolie, je la décorais bien
Pour la rendre vivable à tes yeux et aux miens.
Mais tu étais semblable à ces petits indiens
Qui rêvent de chevaux, qui rêvent de chemins.
J’ai entrouvert la porte, tu t’es envolé.
Rossignol, il te faut plus haut aller chanter.
Je ne pleurerai pas : tu as bien mérité
De vivre à ta mesure : reprends ta liberté.
A Pedro Aledo
Simone Raton
Janvier 1974