1er février 2010 - S.R. - « Sortir de l’ignorance »
J’avais 14 ans lorsque mon père s’est suicidé. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai saisi l’impact que cette disparition aurait sur le cours de ma propre existence.
En fait, c’est souvent très (ou trop) tard que l’on comprend la reconnaissance que l’on doit à ses parents, quel qu’ait été leur comportement à notre égard. Lorsqu’on réalise que rien n’est plus important qu’une vie humaine,- et que nos parents n’existent plus-, on regrette de ne pas avoir questionné son père, sa mère, alors qu’ils étaient encore parmi nous.
« Qu’ont-ils fait, réalisé, vécu depuis le jour de leur naissance ? Qu’on le veuille ou non, « le passé de ces deux là », ce sont nos racines, A quel moment en prend-on conscience ?
Bien sûr, Il y a les photos dans les albums, les films, vidéos, etc... mais leurs vérités, ce qu’ils ont ‘tu’, enfoui, ce qu’ils n’emporteront pas au paradis, faute de questionnement, de curiosité de la part de leurs propres enfants, faute d’intérêt profond sur leurs deux « moi et émois ! » : amours d’enfance, d’adolescence, de couples unis ou désunis ; sur ce qu’ils n’ont peut-être jamais pu avouer, faire, faute d’oreilles attentives ou d’empathie.
Je ne parle pas de sordides questions d’héritages, tristes histoires de familles qui se déchirent pour … rien. Je me remémore ces ‘faits’ qu’à une période donnée de notre existence on n’a pas pu, su, ou voulu raconter ; qui sont restés- et restent- en nous. On n’a pas su trouver le temps de communiquer ! D’écouter ! D’ouvrir sa vie ! D’ôter ses œillères ! De s’interroger sur les (ou nos) préjugés. Tout ce que l’on n’a pas deviné …Notre ignorance « d’eux ».
Ne serait-ce qu’une demi-heure, a-t on pris le temps pour DIALOGUER avec ceux qui nous ont mis au monde, alors qu’on se plaît à le faire avec nos amis, nos amours passagères, ceux qui, au fond, s’en foutent. Pour nos parents, sommes nous restés d’éternels enfants ?
Ou, pour nous, sont-ils …vieux…trop vieux ?
Parfois aussi on s’est permis de juger que « papa valait mieux que maman » ou inversement. Mais puisque c’est le résultat qui compte, que l’on est le résultat de ces deux là, il faut accepter de changer notre raisonnement. Changer notre comportement vis-à-vis d’eux tant qu’ils sont en vie puisque ce sont des humains comme les autres.
Si j’écris cela c’est que je suis désolée d’avoir eu des « préférences ». Préférences dont j’ai encore du mal à me débarrasser.
P.S Absente lors du décès et de mon père et de ma mère, je n’ai fait le deuil ni de l’un ni de l’autre A cette époque « les psy » n’expliquaient pas encore les « pourquoi ? et les comment ? » relatifs à « faire son deuil »…
Ni le rapport particulier père-fille au moment de l’adolescence.