SANS Y PENSER
Sans y penser… la fleur… un peu penchée… Le regardait souffrir.
Triste, l’homme s’était assis et méditait.
D’abord, ce fut un peu… par jeu, parbleu !
Et puis ce fut beaucoup… d’un coup… Atout !
Enfin passionnément…violemment… Des amants !
Jusque…’z ‘… A la folie… Hallali… Ma jolie… !
Pour hélas ! Plus du tout… Après tout… Je m’en fous !
L’homme, blasé, regardait la fleur s’ouvrir... s’épanouïr.
Il prit, sans y penser, la fleur-pêcher
Qui se penchait, passionnément, sur ses pensées,
Se substituait, subrepticement, à son passé
Pour l’arracher, sans se presser, à ses pensées tristes.
Sans y penser l’homme glissa la fleur entre ses dents et décida
« On est toujours tout seul pour souffrir, c’est cela !! »
Il se mit, sans méchanceté, sans cruauté, sans se l’avouer,
Pour mieux chasser de ses pensées tristes sa bien-aimée,
à arracher, à la fleur penchée, sa beauté cachée :
Un peu, c’est pas du jeu…
Beaucoup… Oh ! Après tout…
Passionnément… C’était avant.
A la folie… C’est ce qu’on dit…
Et pas du tout… Mais je m’en fous.
Un peu…Beaucoup…Le tout… Au trou !
Désarticulée, déshabillée, dépétalée
La fleur-pensée…décapitée…tomba sur ses souliers.
SANS Y PENSER… L’homme la regardait MOURIR.
SANS Y PENSER …
Simone Raton
1990 (?)