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26 avril 2011 - Lien entre ma vie et mes poèmes, il me tient à coeur que vous lisiez ce préambule. Merci - S.R.

« Sans y penser »

Il y a des jours de vague à l’âme.
Ce devait être par une journée semblable à celles d’hier ou d’aujourd’hui, un de ces dimanche et lundi de Pâques  qui ne signifient rien, (sinon un œuf en chocolat, à chercher dans le jardin,  pour qui n’est pas catholique) , que j’ai écrit, voici bien des années, le poème qui suit. Pour une fois j’en avais même conçu une mise en scène dépouillée : un rocher, un homme assis tête baissée, une petite lumière de scène nostalgique ; Unique  élément de couleur dans cet univers froid, une marguerite que l’homme  tient à la main sans en avoir conscience. Aucun effet de voix, mais un  texte dit pratiquerment au ralenti. Un peu à la Ionesco.
SANS Y PENSER

Sans y penser… la fleur… un peu penchée… Le regardait souffrir.

Triste, l’homme s’était assis et méditait.
D’abord, ce fut un peu… par jeu, parbleu !
Et puis ce fut beaucoup… d’un coup… Atout !
Enfin passionnément…violemment… Des amants !
Jusque…’z ‘… A la folie… Hallali… Ma jolie… !
Pour hélas ! Plus du tout… Après tout… Je m’en fous !

L’homme, blasé, regardait la fleur s’ouvrir... s’épanouïr.
Il prit, sans y penser, la fleur-pêcher
Qui se penchait, passionnément, sur ses pensées,
Se substituait, subrepticement, à son passé
Pour l’arracher, sans se presser, à ses pensées tristes.

Sans y  penser l’homme glissa la fleur entre ses dents et décida
« On est toujours tout seul pour souffrir, c’est cela !! »

Il se mit, sans méchanceté, sans cruauté, sans se l’avouer,
Pour mieux chasser de ses pensées tristes sa bien-aimée,
à arracher, à la fleur penchée, sa beauté cachée :
Un peu, c’est pas du jeu…
Beaucoup… Oh ! Après tout…
Passionnément… C’était avant.
A la folie… C’est ce qu’on dit…
Et pas du tout… Mais je m’en fous.

Un peu…Beaucoup…Le tout… Au trou !
Désarticulée, déshabillée,  dépétalée
La fleur-pensée…décapitée…tomba sur ses souliers.
SANS Y PENSER… L’homme la regardait MOURIR.
SANS Y PENSER …

Simone Raton
1990 (?)
Sans y penser