Seule, face au public, j’ai passé ma vie à me battre, non pour la chanson ou la chansonnette, mais pour la SEULE POESIE.
Art qui relève du Théâtre pur, par la simple force de « la Parole qui porte loin » .
Qu’il s’agisse des Poètes d’hier ou d’aujourd’hui, les mots constituent à eux seuls une MUSIQUE :
Musique DE L’AME et DU CŒUR, sans subterfuges, sans rajouts, sans fioritures, la poésie doit se faire entendre.
LA VOIX, le souffle, la vie. Le destin fait que je rencontre, à Calais – (bien après l’écriture de ce texte « Scène »), un musicien, chanteur, artiste méconnu certes du grand public, mais d’une sensibilité à fleur de peau, « JEAN-LUC ».- Devenu responsable - animateur d’un « foyer pour personnes âgées de plus de 6O ans » ce Jean Luc m’avait demandé si je pouvais assurer- bénévolement s’entend -,une petite partie poétique, d’une demi-heure environ, pour « voir si, par hasard, MA POESIE risquait d intéresser quelques personnes âgées !!!
Sait-on jamais ?.. Parmi -ces 6O-9O ans, ( plutôt que de se morfondre à attendre un « quatrième » pour jouer à la belotte, ou d’évoquer les petites misères de la vieillesse), peut-être ferais-je des adeptes, avec ma conviction !
Jean-Luc a 25 ans de moins que moi ; Seul il a élevé ses trois filles, et, contraint comme tout un chacun par les vicissitudes de la vie, a abandonné ses rêves de jeunesse :
-Vivre de la musique.A l’âge de 17 ans, n’était-il pas la vedette adulée des jeunes, dans le Nord de la France ?
Le nom de son groupe de musiciens, de sa formation ? « Les Prophètes ».
N’a-t il pas cru, comme beaucoup, n’abandonner que temporairement sa passion de jeunesse, LA MUSIQUE… et ses prophéties. Rien ne me laissera présager, de cette rencontre parmi tant d’autres, que je vais me remettre à nouveau à programmer de la POESIE alors que l’âge de la retraite a largement sonné pour moi ! Ne suis-je pas venue à Calais pour voir la mer du Nord, et, enfin, en jouir ?
C’est cela, le plus grand et terrifiant charme de la vie… les rencontres !
Donc….Il s’appelle Jean Luc Oudoire, et fait partie de ces personnages qui n’ont jamais eu envie d’écouter ou d’entendre, durant leur vie, ce que l’on a pour habitude d’appeler… DE LA POESIE .
Ses premières paroles seront, après m’avoir vue sur scène interpréter divers textes dramatiques ou comiques :
« La jeunesse a besoin d’entendre des textes comme les tiens, mais, à notre époque, il leur faut « de la musique »…Soutenir tes mots : Effectivement, ne pas en faire des chanson, de tes poèmes, non ! Mais contribuer à leur donner la force qu’ils ont ; les introduire en quelque sorte ! »
Pour moi qui ai côtoyé tant de musiciens dans les quatre cafés-théâtres que j’ai ouverts et fait fonctionner à Paris et ailleurs, les paroles de Jean Luc sont un véritable choc !
Jean-Luc est sûr de lui : mes poèmes ne pourront avoir l’ampleur que les seuls amateurs de poésie plus ou moins élitistes « perçoivent »… qu’à la condition d’être portés par des accords, des sons, une musique correspondant à notre époque, et…de ce fait ,nécessitant une autre recherche, un nouveau travail à entreprendre à deux !
Et à 78 ans, je vais tenter l’expérience ! Ce serait trop long de tout raconter, de cette curieuse amitié qui durera plus de deux ans sans aucune anicroche, ni faille.
C’est ainsi qu’à travers son désir de « m’aider » Jean-Luc va m’initier à la musique, aux notes, à l’écoute d’un monde nouveau pour moi ; C’est ainsi qu’à travers les passions, amours, découvertes, philosophies qui ont motiver soixante de ma vie présente, Jean-Luc, va à travers l’écoute de mes mots, se retrouver prisonnier de la musique.
Lui qui dispose de peu de temps, car il travaille encore, va se retrouver piégé par les paroles de plus de 3OO poèmes écrits- puis appris – (sur lesquels il va passer des heures de travail afin de trouver l’exacte correspondance existant entre les sons, les tempos, les rythmes et mes mots).
Sans compter les poèmes de Prévert, Asso, Jehan Rictus, Victor Hugo, Saint-Exupéry, Daudet, et tant d’autres contemporains qui m’habitent. Et que je brûle de lui faire entendre.
Nous ne réaliserons, Jean-Luc et moi qu’un seul CD… « DEPART »…
La vie, la maladie, la vieillesse ( et les surprises qu’elle vous réserve) ne nous conduiront pas sur scène tous tout les deux, pour une représentation de deux heures du spectacle mis au point dans ce but : Adieu théâtre municipal de Calais, salle Gérard Philippe en face de laquelle j’habitais…Encore une illusion d’envolée…Mais qui sait ? il faut aller au bout de ses rêves, et la vie réserve quelques fois de si jolies surprises.
Aujourd’hui, nous nous retrouvons à mille kilomètres de distance l’un de l’autre, lui dans le Pas de Calais, moi dans le Gard, avec un spectacle « prêt » que je finirai par jouer sur scène, avec lui, car je reste persuadée que je ne suis née que pour faire entendre la poésie (la mienne ou celle des autres,).
-LA POESIE telle qu’elle est vécue dans le cœur de celui ou de celle qui l’interprète C'est-à-dire DITE et NON LUE… Ainsi qu’il est de règle au THEATRE.
-LA POESIE telle qu’elle reçue par ceux qui sont à à la recherche de la vérité profonde.
Nota :
un de mes rares poèmes soutenu par de la musique, et destiné à être joué sur une grande scène, comme au Théâtre.
Ai-je réussi à faire ressentir ce que peut être le « trac » ? …
N° 1 du CD « Départ »réalisé en 1990 Arrangements musicaux Jean Luc Oudoire.